Angleterre, début des années 1920. Cristabel Seagrave grandit dans le Dorset, au domaine familial de Chilcombe qui s’étend jusqu’à la plage. Son père est quasiment un étranger pour cette toute petite fille de trois ans, orpheline de mère élevée par les domestiques. Dans le but de faire naître un héritier, le veuf quadragénaire se remarie avec Rosalind, une femme beaucoup plus jeune que lui. Issue de la bonne société londonienne, elle a vu tous ses prétendants mourir lors de la première guerre mondiale. Cantonnée au grenier, ignorée des adultes, Cristabel apprend à lire et attend avec impatience le petit frère promis. Une soeur naît finalement avant qu’un drame vienne bouleverser l’ordre établi. Une nouvelle alliance donne alors enfin un successeur au domaine. Cristabel observe les adultes, leur vie insouciante et leurs arrangements grotesques. Les trois enfants gravitent dans le grenier de ce manoir austère et suivent les enseignements de leur gouvernante française. Cristabel prend les cadets sous son aile et les entraîne dans ses évasions livresques. Le jour où elle découvre une baleine échouée sur la plage, elle s’en autoproclame propriétaire. Vive et pleine d’imagination, elle monte des spectacles de théâtre, aidée par un peintre russe fantasque et sa cour d’admiratrices. Les enfants grandissent. L’avenir tracé des filles dans cette société n’offre pas de perspective à la hauteur de leurs rêves. Mais la guerre qui éclate en Europe redistribue les cartes et les enfants Seagrave, à l’aube de leur vie d’adultes, voient tous leurs repères basculer et choisissent de suivre chacun leur destin.
Cette saga familiale se déroule sur une période allant de 1919 à 1945. Dans ce premier roman, Joanna Quinn excelle à décrire les codes en mutation de la société anglaise de l’entre-deux guerres et les bouleversements engendrés par le conflit mondial de 1939. L’originalité du livre repose sur la personnalité de la jeune Christabel, férue de théâtre, dont on suit le parcours d’émancipation. Au fil des pages, on s’attache aux personnages dont les caractères s’affirment et dont l’évolution est minutieusement chroniquée. Si on a besoin d’un peu de temps pour découvrir l’univers et les protagonistes, une fois la mise en place effectuée, on a du mal à décrocher de cette grande fresque. L’écriture, rythmée, est agréable. Le regard porté sur la Seconde Guerre mondiale en France et le rôle joué par les services secrets britanniques permet d’aborder un sujet régulièrement traité, sous un angle différent de ce que l’on connaît. L’implication des femmes y est également mise en lumière. L’autrice manie l’art de la nuance, on sort des récits trop souvent manichéens. Dans la même veine que la Saga des Cazalet ou encore Downtown Abbey, La famille Seagrave captive le lecteur au point que la dernière page tournée, une forme de nostalgie s’empare de ce dernier à l’idée d’abandonner ces êtres devenus familiers. Sorti en 2023, le livre existe désormais en petit format, idéal à transporter pour l’été et à prix tout doux.
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