« Chez soi, c’est l’endroit d’où l’on vient » est-il écrit en épigraphe, selon les mots de T.S Eliot. Le Morvan est une île, défend d’emblée la narratrice. Et nous plongeons dans les cours d’eau, les forêts, l’immensité et la dimension sauvage d’une région chère à son cœur. Il y a là des sirènes, des loups et des orphelins. La jeune femme se sent comme une étrangère à Paris où elle vit. Quand elle revient au pays de ses aînés, les souvenirs affluent. Elle pense au balancier des vies. Une génération poussée vers la ville pour le travail à l’usine, la suivante retournée à la campagne, la sienne, citadine à nouveau. Le jour où elle enterre son grand-père, elle jette des dahlias sur le cercueil, puis, dans les allées bordées d’ifs du cimetière, échange avec sa grand-tante. La soeur du défunt remarque une ressemblance de plus en plus forte entre cette petite-nièce et sa propre mère, Lily. Tout à coup, la narratrice a envie d’en savoir plus sur cette aïeule qu’elle connaît si mal. Autrefois, à Paris, les nourrices du Morvan, femmes réputées pour leur santé et leur fertilité allaitaient les enfants des grands-bourgeois et des princes. Inversement, la région a été une terre d’accueil pour de nombreux orphelins pendant des décennies. Parmi ces enfants, la fameuse arrière-grand-mère, Lily. Du même âge approximativement, il y eut aussi un certain Jean Genet. L’histoire commence.
Attendez-vous à suspendre le temps, le remonter, même. Dans ce nouveau roman, à la fois intime et universel, Maud Simonnot nous oblige à ralentir. Elle arpente une région sauvage, isolée au cœur de la France. Elle explore chaque essence d’arbre, la flore variée – explosion de couleurs – et la faune mystérieuse. Elle renvoie le lecteur à des sensations de l’enfance, éprouvées par tous, ceux d’avant aussi. Les éléments biographiques d’un artiste tourmenté permettent de tirer un fil, d’imaginer une reconstitution. L’histoire connue de l’un est un prétexte pour réinventer celle de l’autre, anonyme. Et Lily surgit de l’ombre de temps anciens et presqu’oubliés. Dans Le feu et la rose, chaque mot est posé avec une incroyable délicatesse. La poésie adoucit la rudesse du monde et Maud Simonnot sait la manier pour mettre en lumière la vie simple, la communion avec la nature ; on retrouve les thèmes qui lui sont chers, mais cette fois, elle semble se dévoiler un peu plus et dresse un portrait magnifique des gens ordinaires dans cet écrin magique du Morvan, si particulier qu’il semble détaché du reste du monde, région insulaire enserrée dans la brume. On a envie d’aller découvrir ses mystères, si proches et qui nous échappent pourtant. Le passé revisité, celui de Jean Genet bien sûr, celui d’autres célébrités pour lesquelles le Morvan est une terre à part, et celui de Lily, mène aussi à la propre enfance de l’autrice et sans doute un peu à la nôtre. Pour rejoindre cette île, il ne reste plus qu’à embarquer.
Le Feu et la rose. Maud Simonnot. Editions de l’Observatoire. 21 €.

