Il m’a fallu un certain temps pour choisir comment présenter La dernière des Wilberforce, tellement ce roman de Julia Kerninon est foisonnant et intense. Comment en transmettre l’essence sans trop dévoiler de ses lumières et de ses obscurités ? Une écriture juste accompagne les points de vue des différents personnages. On ne les entend pas tous. Le silence de ceux qui se taisent, oppressant, épaissit le mystère. Ceux qui parlent se dévoilent par touches subtiles. Les personnages de Diane et Eva, résilients, charismatiques et attachants, montrent que la sororité n’est pas un vain mot. Malgré les tempêtes, elles gardent la tête hors de l’eau, n’abandonnent pas, l’une en poursuivant son activité, l’autre en publiant des romans, consolidant une amitié qui ne se dément jamais. La littérature, l’écriture en particulier, occupe une place de choix. L’autrice montre l’opiniâtreté d’une femme à réaliser son rêve tout en menant de front sa vie de mère et d’épouse. Le rapport à la maternité, la place des hommes, la complexité des relations humaines, les amours perdues, la sortie de l’enfance, la violence sourde qui détruit à bas bruit, les impossibles drames, le besoin de vérité et de liberté… Tous ces sujets sont abordés avec délicatesse et pudeur. Cette histoire raconte aussi comment, derrière une apparente légèreté (la joie des vacances) se tissent des tragédies ; comment des paroles anodines peuvent ancrer une responsabilité trop lourde à porter ; comment, alors que tout a l’air si calme, la détermination à trouver réparation met au grand jour les secrets, sans vague ni tempête, mais avec une précision chirurgicale. Le livre s’ouvre sur ces mots de William Feaver : « La maîtrise du langage n’est atteinte que lorsqu’on est en mesure de reconnaître ce qui est implicite, et non seulement ce qui est dit ». Pari magistralement réussi.
La dernière des Wilberforce. Julia Kerninon. Editions de L’Iconoclaste. 21,50 €.

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