A l’écriture intelligente de Caroline Hinault s’ajoute la brillante démonstration de ce qu’un enseignant peut transmettre à ses élèves en les faisant réfléchir, observer, penser. On rêverait d’avoir (eu) Monia Boukari comme professeur de lettres. Investie, elle aborde les séquences successives, théâtre, roman, poésie, avec une pédagogie qui a raison des élèves les plus récalcitrants, sauf peut-être de Béryl. Mais les graines plantées mettent parfois du temps à pousser. Dystopie pour les besoins de l’histoire, le roman flirte avec Barjavel, convoque Orwell et Huxley. Car l’épidémie s’étend à d’autres couches de la société et interroge la place de chacun, fonctionnaire ou employé du privé. Elle questionne l’essence même du langage et l’importance de la pensée qui en découle. On est poussé à réfléchir aux fondements de la liberté d’expression, du libre-arbitre, de la démocratie. Sujet dense et tentaculaire… L’autrice maîtrise pourtant parfaitement son récit, parsemé de références littéraires qui incitent le lecteur lui-même à aiguiser son esprit. Comprendre le monde qui nous entoure, pouvoir s’exprimer, laisser la place aux échanges contradictoires, être en capacité de faire sens – au pluriel et non pas à “sens unique”–, autant de ficelles tirées pour inviter à réfléchir à notre monde en devenir. Ce texte admirable réussit l’exploit de nous faire découvrir une palette langagière multiple, des univers éloignés, des problématiques à risque sans jamais tomber dans le jugement ou le cliché. On revisite la littérature et ceux qui ont boudé un jour Racine ou Du Bellay pourraient être surpris. Grammaire, syntaxe, étymologie, expression des corps, amour, espérance… Dans ce roman il y a tout. Magistral.
Ce qui se joue. Caroline Hinault. Editions du Rouergue. Collection La Brune. 23 €


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