Alice et Elsa sont jumelles. A l’heure où l’orientation post-bac est d’actualité, elles sont sommées de faire un choix. Leurs parents, avocat et enseignante, aimeraient les voir suivre leurs traces. Si Elsa est déterminée à entreprendre des études de droits, Alice, elle, aspire à vivre à la campagne. Proche de la nature, elle a pour projet de réhabiliter la ferme inoccupée de sa grand-mère en Dordogne et d’y cultiver son jardin. Pour subvenir à ses maigres besoins, elle prévoit d’accueillir des ruches et de devenir apicultrice. Tandis qu’elle fait la rencontre d’un timide villageois avec lequel, petit à petit se nouent des sentiments profonds, Elsa s’empêtre dans des relations toxiques. Les deux sœurs gardent une grande complicité, malgré les difficultés de la vie que chacune rencontre, dans des domaines différents. Le jour où elle est confrontée à la mort de ses essaims, Alice appelle sa sœur à l’aide. Il semble que l’épandage d’un produit insecticide en bordure de sa propriété soit la cause de l’hécatombe. Devant le refus du voisin agriculteur d’adapter sa pratique, une action en justice s’impose. Les petits exploitants contre les multinationales et leur puissant lobbying, c’est David contre Goliath. Mais les deux sœurs, aidées de leurs proches, se serrent les coudes, coûte que coûte.
Porté par une écriture soignée et un fond ultra documenté, Le Crépuscule des abeilles, texte engagé, reste un roman haletant. C’est cela qui fait sa grande force. Construit sur une double temporalité, le récit nous emmène dans le passé, au moment où Alice s’installe à la campagne, puis au présent, quand Elsa plaide dans un procès contre Oxol, une firme qui vend un produit de la classe des néonicotinoïdes appelé Le Gaucho, accusée d’homicide volontaire avec préméditation. On pourrait être freiné dans l’envie de lecture par le déploiement d’une part, des considérations juridiques, d’autre part, des explications scientifiques liées aux produits utilisés. Or, Célestin Robaglia évite habilement tous les écueils qui pourraient faire renoncer son lecteur et le tient en haleine du début à la fin avec un exposé vivant, clair, didactique et aéré. Bien entendu, certains propos sont glaçants quant au fonctionnement d’un système corrompu et rappellent la réalité d’un enjeu majeur pour notre société de demain : sauvegarder la biodiversité et les équilibres naturels fragilisés sans renoncer aux progrès. Une entreprise qui vend des produits toxiques, rendant les gens malades, tout en fabriquant, via une autre filiale, des médicaments pour les soigner (on ne parle pas des pertes humaines entre les deux), peut-elle être l’avenir de notre humanité ? L’auteur fait une démonstration brillante en appuyant sa fiction sur des faits. On ne lâche pas Le Crépuscule des abeilles une fois qu’on a mis le nez dedans. Pour le pire peut-être, mais pourquoi pas pour le meilleur ?
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