vendredi 6 mars 2026

Laisse couler l'amour... et ton coeur débordera

Josyane, surnommée Josy, est vendeuse de prêt-à-porter mais elle aurait adoré être une grande écrivaine. Elle lit tous les livres de son autrice préférée, Joséphine Dos Santos. Pour autant, elle aime son travail (son gentil patron, Aurélien, y est sans doute pour quelque chose). Ses collègues, Assia et Dorothy, sont aussi ses deux meilleures copines. L’heure est grave car la boutique rencontre quelques difficultés face à la concurrence. Il faut trouver une idée lumineuse pour éviter de mettre la clé sous la porte. Au terme d’un brainstorming ébouriffant, l’équipe du magasin valide finalement une grosse commande de pantacourts d’hiver écossais. A réception des colis, horreur ! Josy a fait une erreur dans les tailles. Les vêtements, invendables, sont remisés dans l’arrière-boutique. La jeune femme, catastrophée, entasse les cartons les uns par-dessus les autres. Mais, déséquilibrée, elle chute lourdement et perd connaissance. Lorsqu’elle reprend conscience, elle est allongée au milieu d’un magasin Zadig et Voltaire. D’après Valentine, jeune femme qui prétend être son assistante, elle vient de faire un malaise vagal. Désorientée, Josy a du mal à comprendre pourquoi on l’appelle Joséphine. Valentine lui rappelle qu’elle cherchait une robe pour participer le soir-même à l’émission littéraire en vogue à laquelle elle était enfin invitée. Une consécration pour celle qui a vendu 350 000 exemplaires de son dernier roman. Comment Josy a-t-elle pu se retrouver dans la peau de son écrivaine préférée et que va-t-il advenir ?
Bienvenue dans le monde du pastiche, largement saupoudré de second degré et assaisonné d’une subtile dose d’absurde. La couleur rose du livre de Pascal Fioretto m’a sauté aux yeux ! Facilement repérable dans cet environnement gris qui fait notre quotidien en ce moment. J’avais grand besoin d’échapper à la pluie et à la morosité… Voilà donc une évasion livresque sous la forme d’un roman “à l’eau de rose” revu et corrigé par l’auteur de L’anomalie du train 006, pastiche du Goncourt, franchement aimé, chroniqué dans ces pages, toujours d’actualité. Pascal Fioretto connaît bien le petit monde littéraire et il brosse un tableau satirique du grand cirque parisien. La nouvelle Joséphine Dos Santos alias Josy se met en tête d’écrire non pas un best-seller encensé par le public mais un livre qui plaira aux critiques. Évidemment, son “amnésie”, son talent improvisé et son inexpérience vont entraîner de nombreux quiproquos. En voulant se conformer aux codes, elle les dénonce, sous la plume habile de l’auteur. Au milieu de tout ce bazar, glissez une grand-mère pas banale. Le cocktail est explosif. Le texte est plus intelligent qu’il n’y paraît et on rit de bon cœur aux références littéraires égrenées au fil des pages. Laisse couler l’amour et ton cœur débordera se dévore aussi facilement que le Feel-good qu’il imite. C’est léger et malicieux. L’intrigue potentiellement bancale (physique quantique et autre théorie des cordes) retombe plutôt bien sur ses pattes. Le rire a des vertus thérapeutiques, pourquoi s’en priver ?


Laisse couler l’amour… et ton cœur débordera. Pascal Fioretto. Éditions du Cherche-midi. 19,00 €.

Les éléments



Eau, Terre, Feu, Air. Autour de ces éléments s’articule la vie, des vies. Tout d’abord celle de Vanessa Carvin. Elle se réfugie sur une île isolée, loin de Dublin. Son mari, responsable de la Fédération de Natation, a été condamné pour abus sexuels sur des très jeunes filles. Elle change de nom, se met dans sa bulle pour survivre aux drames, à sa culpabilité de n’avoir rien vu, se purifier. Un jeune homme quitte son foyer pour échapper au rêve que son père a fait pour lui. Un parcours semé d’embûches l’attend. Les racines de la souffrance sont profondément ancrées et l’on n’enterre pas facilement sa culpabilité. Freya, elle, sauve des vies. Son aura de médecin spécialiste des grands brûlés est pourtant bientôt entachée par le récit de son histoire, sombre, et du chemin terrifiant qu’elle a emprunté pour résister. Elle se consume avant l’embrasement. Un père célibataire entreprend un très long périple avec son fils de quatorze ans. Ils montent dans un avion à Sydney pour arriver vingt-quatre heures plus tard en Irlande, sur une toute petite île, où a lieu un enterrement auquel ils ne sont pas conviés. Un voyage qui permet au père de libérer la parole et au fils de comprendre les pièces manquantes au puzzle de son existence. Maintenant que la vérité est dite, le père va-t-il enfin s’autoriser à respirer ? 

Cinq cents mots ne suffiront pas pour encenser la profondeur de cet ouvrage. Si j’ai d’abord eu un mouvement de recul en découvrant que cette femme, réfugiée sur l’île, fuyait son prédateur sexuel de mari, je me suis vite reprise. John Boyne explore les âmes de ses personnages avec une grande maîtrise. Quatre histoires singulières, plusieurs temporalités, des protagonistes qui sautent d’une partie à l’autre, endossant un rôle différent à chaque fois, ce qui permet de les observer sous différentes facettes. Quatre éléments qui interagissent, c’est symbolique, une sorte de parcours initiatique. Au fil des pages, qu’on finit par tourner sans plus pouvoir s’arrêter, on voit s’élargir le champ, on prend de la hauteur. Le style est simple et efficace, sans jugement. L’auteur montre comment sont intriquées les blessures profondes, les traumatismes de l’enfance, l’impossibilité de réparer et le chemin vers la résilience. Il ne s’appesantit pas sur les crimes, il explore la complexité de l’humain et ses contradictions. Il dissèque habilement les sentiments et floute les frontières. Bourreaux, victimes, résistance, soumission tout s’enchevêtre, distordant les antagonismes. On est embarqué avec les personnages, sous tension, espérant comme eux sortir la tête de l’eau, s’ancrer sans s’ensevelir, préserver la flamme sans se brûler les ailes et respirer, enfin à sa place, libéré de ses entraves. L’auteur nous entraîne sans voyeurisme dans l’obscurité des humains mais il parvient à faire la part belle à la lumière. De sorte que l’on referme ce récit prodigieux en se disant : malgré la noirceur du monde, tout n’est pas perdu. Et ça fait du bien !

Les éléments. John Boyne. Editions JC Lattès. 23,90 €.

mardi 10 février 2026

Les certitudes

« Loue chambre prix modeste contre menus services ». Voilà comment Anna, journaliste pigiste et fauchée, atterrit en colocation chez Madame Simone, dans un appartement parisien du Vème arrondissement. La cohabitation entre la trentenaire et la septuagénaire va durer quatre ans, pendant lesquels des liens profonds se tissent. Un soir, dans la pénombre, la vieille dame confie à la jeune femme vouloir être enterrée à Jérusalem. Jusque-là, rien dans le comportement de Madame Simone n’a laissé penser à Anna un quelconque attachement à la religion juive. Madame Simone ne veut pas se justifier, ça n’a pas de rapport avec Dieu. Elle demande à son amie de ne pas chercher pas à comprendre et de respecter simplement sa décision. Les deux femmes en restent là. Puis Anna rencontre Victor et fait ses cartons. Elle ne va pas bien loin, on aperçoit les fenêtres de Madame Simone depuis chez Victor. La vie continue, semblable et différente. Jusqu’au jour où Madame Simone meurt sans crier gare. Elle n’a pas de famille. Ses amis organisent son inhumation. Cette histoire de Jérusalem… Anna se tait. Quand la vérité éclate (parce que Madame Simone avait pris des dispositions), Anna subit la honte d’avoir contrarié la volonté de la défunte. Déprimée, elle ne quitte pas son lit. Jusqu’à ce qu’un homme se réclamant de la famille de Madame Simone lui téléphone depuis Israël, l’informe qu’elle hérite d’un appartement à Tel Aviv Jaffa et l’invite à faire le déplacement en urgence. Alors, Anna part.
    On suit avec un intérêt jamais altéré le parcours d’Anna dans sa quête pour découvrir qui était réellement Madame Simone. Dans le monde d’après le 7 octobre, la jeune femme se rend dans un pays en guerre et tente de comprendre les ressorts qui l’ont façonné et le destin de sa vieille amie tellement avare de confidences. Marie Semelin nous entraîne dans le passé, à Jérusalem en 1955, et brosse avec précision la vie de gens déracinés, ceux à qui on a “vendu” la terre promise, ceux obligés de leur laisser la place. L’autrice démonte toutes les certitudes, tous les clichés véhiculés aujourd’hui encore par une approche trop manichéenne de l’Histoire. Elle nous plonge au cœur des histoires d’hommes, de femmes et d’enfants, pions déplacés, jouets malgré eux des politiques de conquête et de division. Les êtres souffrent, pleurent, s’adaptent à leur sort malgré tout. Au milieu du marasme il y a ceux d’un seul bord : celui de l’innocence. N’écoutant que leur cœur, ils ne voient pas se dresser les barrières idéologiques, culturelles, religieuses et familiales. Il y aura un prix à payer. On retient son souffle durant toute la lecture, dans ce va et vient entre le passé et le présent, deux temporalités pour un même chaos d’incompréhension entre les humains, prisonniers encore et toujours des jeux de pouvoir. Et au milieu de tout ça, Anna lutte, perd, apprend, grandit. L’humanité peut-elle triompher grâce à l’Amour ? Instructif et palpitant.


Les certitudes. Marie Semelin. Editions JC Lattès. 20,90 €

lundi 9 février 2026

Trois fois la colère

Un écuyer tranche la gorge de son maître, il y a de cela fort longtemps. Le coupable se dévoile, c’est une fille et elle vient d’occire son propre aïeul, Hugon dit le Terrible. Elle précise bien à l’agonisant qu’il meurt du sang de son sang. Sur la route des croisades, c’est sa vengeance à elle, Miou, ou plutôt la vengeance de celles et ceux qui l’ont précédée et subi l’arbitraire et monstrueux caractère du Seigneur Hugon de Bure. Des années plus tôt, l’épouse de ce dernier, ne parvenant pas à enfanter, passe un marché avec une vieille sage-femme. La Prodigue, c’est son nom, accouche une femme qui vit au fond des bois, en marge de la société. Trois nouveau-nés voient le jour. La tache de naissance qu’ils ont dans le cou signe la paternité. Leur premier cri à peine poussé, les enfants sont séparés, chacun vers un destin différent. La dernière-née, fluette, le cordon enroulé autour du cou, à demi-morte, reste dans les bras de sa mère quand les deux autres en sont arrachés. A cause de ses yeux vairons, prétendu signe du diable, le garçon perdra le privilège de son sexe au profit de sa sœur. Il sera confié aux bénédictins tandis que la petite fille rejoindra le château. Chacun de leur côté, ils grandissent dans des environnements très différents. Où, comment et pourquoi convergeront-ils les uns vers les autres ?
« Avant toi, il y a eu des fautes. Avec toi, il y en aura. Il faudra réparer. » Voilà ce que dit Aïda la circassienne à Reine, la fille du château. Trois fois la colère, roman incroyablement poétique, livre un récit médiéval féroce, intense et beau. Patiemment, se tisse le fil d’histoires bouleversantes. Pouvoir et soumission, nature et civilisation, honnêteté et compromission, sacrifice et rédemption. Chaque personnage laisse à voir ses parts d’ombre et de lumière, certains nous éclairant plus que d’autres. La religion y montre aussi deux facettes, dévoiement et dévouement. L’écriture se coule dans le langage d’un autre temps tout en faisant preuve d’une grande modernité. Trois enfants, trois lieux. Le monastère où règnent la connaissance et l’amour, mais aussi le secret et la trahison. Le château, où l’homme cruel exerce un pouvoir sans partage et jouit de l’impunité de sa naissance, qui, croit-il, le place au-dessus des lois, puisque même le pouvoir religieux l’adoube. Enfin, la forêt, vivante, protectrice et dangereuse à la fois, onirique et mystérieuse, est un protagoniste à part entière, cœur qui bat, refuge du souvenir et de la vérité, parfois hostile pourtant. En elle et autour d’elle s’articule la quête de deux individus qui ignorent tout de leur histoire. Puis se fomente une vengeance qui ressemble à la justice, comme dans un conte à la fin duquel le bien triomphe toujours du mal. Ce roman magnifique de Laurine Roux, sorti en août, passé sous mon écran radar et finalement emprunté à la bibliothèque, est un gros coup de cœur.


Trois fois la colère. Laurine Roux. Éditions du Sonneur. 20,00 €.

jeudi 20 novembre 2025

L’âme de fond

Caroline, psychologue, s’inquiète. Dernièrement, trois de ses patients ont raté leur séance sans prévenir. Coïncidence, rassure Daniel, psychiatre, son ancien mentor et désormais associé. Parmi ceux qui honorent leur rendez-vous, Hadrien, avocat en droit des affaires dans un gros cabinet américain. Il consulte pour des troubles du sommeil. Il a perdu son père récemment, sa mère vit à l’autre bout du monde. Lui, il papillonne au gré des conquêtes sans jamais se fixer. Puis, vient Sophie. Sophie a tout. Un mari, des enfants, une maison secondaire à Arcachon, un statut social qu’elle s’est évertué à obtenir en faisant les mêmes études que l’élite. Elle a gommé tout ce qui était prolétaire chez elle y compris son nom de baptême. Aujourd’hui, elle gère la maison et les activités de tous mais ces derniers temps, elle a du mal à dormir. Michel, lui, a été absent quelques mois et revient. Après avoir dirigé une Agence régionale de santé, il a été promu ministre de la Santé. Il est habitué à la pression qu’imposent ses nouvelles responsabilités. Il n’en reste pas moins que les tâches à accomplir sont de grande ampleur et le système ne favorise pas l’action. Quand Caroline apprend que les personnes qui lui ont fait faux bond sont décédées d’une crise cardiaque, elle a du mal à croire au hasard. La loi des séries, lui oppose encore Daniel. Pourtant, la thérapeute pressent un danger. Elle se sent isolée.

 L’âme de fond, roman d’anticipation prenant, nous renvoie à un questionnement profond. Les patients se succèdent dans le cabinet de la thérapeute et livrent les bribes de leur vie. Ils ont travaillé d’arrache-pied pour accéder à leur position actuelle mais sont-ils vraiment en phase avec qui ils sont réellement ? Hadrien n’arrive pas à s’engager émotionnellement, Sophie étouffe dans sa vie de mère de famille bourgeoise où elle fait la potiche. Quant à Michel, homme visiblement intègre, il doit s’adapter aux règles de la politique dont les enjeux ne cadrent pas forcément avec ses valeurs. Au fil des pages, la tension monte. Les symptômes d’une nouvelle épidémie, pernicieuse, enflent. Caroline essaye de quantifier le problème pour mieux le qualifier et prévenir une vague qu’elle imagine dévastatrice. La transmission des données et la circulation des informations sont étouffées par des intérêts supérieurs. Julia Clavel nous fait pénétrer habilement dans les arcanes d’un pouvoir dont elle maîtrise parfaitement les codes, où savoir et communication ne font pas toujours bon ménage. Leurs contradictions plongent les patients dans un chaos dont ils ne semblent pas pouvoir sortir indemnes. Les lecteurs, tenus en haleine par l’enquête de la psychologue, s’interrogent aussi. Sont-ils alignés ? Plus les masques portés sont éloignés de leur être profond, plus le danger paraît grand. Cette histoire vibrante souligne les manques et les excès de notre société et la place qu’y occupe (ou pas) la santé mentale. Un premier roman percutant !


L’âme de fond. Julia Clavel. Editions de l’Observatoire. 23,00 €

mercredi 5 novembre 2025

L’homme sous l’orage

Hiver 1917, humide et triste. La Grande Guerre n’en finit pas de s’allonger. Rosalie est confinée dans la demeure familiale de l’Esparre. Isaure, sa mère, a repris les rênes du domaine viticole en l’absence de son mari et de son fils, envoyés au front. Un soir d’orage, un homme se présente à la porte et demande l’hospitalité. Rosalie, cachée, observe la scène. Elle a du mal à comprendre pourquoi sa mère refuse sèchement son aide à ce peintre prometteur, familier des maîtres de maison avant la guerre. Rosalie n’entend pas tout, devine pourtant la position inconfortable du jeune homme, un soldat en fuite. Cet événement et les conjectures qu’elle échafaude tiennent la jeune fille de dix-neuf ans loin du sommeil. Elle quitte sa chambre à l’étage dans l’obscurité, descend jusqu’à la bibliothèque, un refuge où elle espère enfin s’assoupir. Quand elle entend quelqu’un se racler la gorge dehors, son cœur bat la chamade. Les éclairs vrillent le ciel. Par la fenêtre, elle distingue une ombre qui va se réfugier sous la véranda. Couché en chien de fusil, le déserteur tente de trouver un peu de repos. Prise de compassion, poussée par une force dont elle ignore tout, Rosalie, plus une enfant, pas encore une femme, fait entrer le visiteur inopportun et le cache dans une chambre désaffectée, au grenier. Comment alors un jeu de chat et de souris dans l’immense et silencieuse demeure. Mais est-ce vraiment un jeu ?
Gaëlle Nohant est de ces autrices qui prennent leur temps pour ourler leur ouvrage. Après La Part des flammes, La légende d’un dormeur éveillé, La femme révélée et Le bureau d’éclaircissement des destins, tous chroniqués ici ou presque, j’attendais avec impatience son tout dernier roman paru en août : L’homme sous l’orage. Il ne m’a pas déçu. Loin de la grande fresque et des nombreuses ramifications de romans précédents, Gaëlle Nohant concentre son attention sur quelques personnages, dans le huis clos d’un château du sud de la France, proche de l’Espagne. C’est d’autant plus intense. L’atmosphère est orageuse. Dans ce décor paradoxalement figé, les personnages enclenchent leur mutation, se déclinent en contrastes saisissants. Avec un style incomparable et parfaitement maîtrisé, Gaëlle Nohant dresse le tableau de cette période sombre à travers les points de vue de ses différents personnages. Elle explore les ressorts de la guerre et ses atrocités, le travestissement de l’information pour justifier l’innommable. Bousculées par le conflit, les places de chacun se redessinent. En refusant leur destin, Isaure, Rosalie, Théodore mais aussi la Bonne, s’affranchissent du rôle qui leur a été assigné par leur condition. Au fil des pages et des interactions, des prises de conscience et de position, se brossent les caractères, de l’ombre à la lumière. Certaines confidences déchirent la toile, des vérités sont étouffées et puis l’ordre des choses est rétabli, en apparence du moins. Mais la force du destin, elle, ne peut être contenue. Palpitant et universel.


L’homme sous l’orage. Gaëlle Nohant. Éditions de l’Iconoclaste. 21,90 €.

mardi 14 octobre 2025

Paris Hollywood

Ben Whyte, star d’Hollywood, vient à Paris faire la promotion mondiale de son dernier film. Journaliste pour le magazine culturel L’Œil Hebdo, Marianne Corvo nourrit pas mal de fantasmes à l’égard du bel acteur. Le sourire de Ben Whyte s’affiche sur son fond d’écran et à force de couvrir tous ses films, elle a fini par obtenir une sorte de chasse gardée. C’est donc tout naturellement que le rédacteur en chef pense à elle : Interview de l’acteur néo-zélandais, deux pages pour le lundi suivant. Dans les couloirs de l’hôtel Meurice, Marianne se sent comme un éléphant dans un magasin de porcelaine d’autant que Ben Whyte est réputé pour être désagréable avec les journalistes. Notre intervieweuse, catastrophe ambulante cousine de Bridget Jones, n’en mène pas large. Elle et son syndrome de l’imposteur se traînent jusqu’à la suite qui sert de salle d’attente à la Presse. Marianne se renverse du café bouillant sur la cuisse juste à temps pour se présenter, la jambe en feu et une grande tache sur le pantalon, devant un Ben Whyte « aussi avenant qu’un pont-levis en période de siège ». Elle enchaîne alors les gaffes, s’asseyant sur un humain, oubliant ses questions et son anglais, bredouillant d’affreux lapsus. Les minutes s’égrènent et l’interview tourne au désastre. Le soir, dans l’obscurité de sa chambre, Marianne, abattue, ne rêve que de « [s]’encastrer dans une poubelle et de refermer le couvercle, en attendant les services municipaux ». Le lendemain, l’attachée de presse la rappelle et lui offre une deuxième chance. Le cauchemar continue.

Depuis plusieurs mois, je voyais la couverture attractive de Paris Hollywood fleurir régulièrement sur les réseaux. La quatrième, tout aussi séduisante, laissait supposer une lecture estivale plaisante. J’ai finalement plongé dans ce roman juste avant l’automne et il a largement comblé mes attentes. J’espérais un gentil divertissement ? Dès les premières lignes, j’ai su qu’on était un cran au-dessus. La belle surprise ! Ce premier roman regorge d’humour et de finesse. Cécile Mury, journaliste cinéma à Télérama, tire les ficelles sans jamais tomber dans la caricature ou la guimauve. De sa plume alerte, elle signe une comédie romantique désopilante. L’autrice définit elle-même l’histoire de Marianne et Ben comme un « film à lire ». On tourne les pages de façon addictive, tout comme on est scotché à l’écran face à Love Actually ou Retour à Notting Hill, la richesse des mots et l’imagination du lecteur en plus. Cécile Mury maîtrise l’art de poser le décor et de décrire avec une grande décontraction les situations les plus cocasses. J’ai été emportée par le rythme, les références cinématographiques et musicales nom- breuses, explicites ou enfouies au détour d’une phrase (comprenne qui peut). Certaines scènes surréalistes, je pense au pétrin dans lequel notre héroïne se met au cours d’un gala de charité à Londres, m’ont fait pleurer de rire. Une pépite douce et hilarante à lire et à offrir sans restriction !


Paris Hollywood. Cécile Mury. Editions Flammarion. 21,50 €