mercredi 3 juin 2026

Églantine retrouvée

 

Germaine et Eugène s’aiment. Ils ont la vie devant eux et des rêves plein la tête. Leur foyer, avec la naissance de leur fille Églantine, est devenu une famille. Mais le malheur frappe à la porte. Le père est foudroyé par la maladie après avoir marché sous l’orage. La mère s’éteint un peu plus tard, poitrinaire. Églantine, encore toute petite, est désormais orpheline. Elle est recueillie dans la ferme de son grand-père, Manuel, et grandit avec ses oncles, tantes, cousins et cousines. Les saisons se succèdent au rythme des travaux agricoles. Plantée dans le bocage vendéen, la ferme ne laisse aucun répit. Les vaches portent des noms de fruits, sauf Charmante. Aux champs, on bine, on sarcle... La vie du quotidien s’égrène. Églantine dort avec sa cousine, Marie-Jo. Le chien Rip fait son travail de gardien. Un jour, une chienne blessée se réfugie dans la cour. Les enfants en prennent soin et l’adoptent. On construit une cabane avec le petit Maurice. On se prépare pour le premier jour d’école. Il y a l’église aussi. La vie avance, de petits riens en grands malheurs. Églantine a soif d’apprendre mais, sans parents pour la soutenir, pourra-t-elle se créer un avenir ? La vie religieuse serait-elle le chemin vers l’indépendance ?
Difficile de résumer Églantine retrouvée de Yves Viollier car le roman est constitué d’une multitude de moments de vie et c’est ce qui fait tout son charme. Le feu qu’on ravive dans la cheminée, les sabots qui se ventousent dans la terre alourdie par la pluie… On plonge dans le quotidien de paysans vendéens au milieu des années trente. Le mode de vie rude, les épreuves auxquelles la vie les soumet, les petites joies de tous les jours, tout est relaté simplement, sans débordements. Églantine traverse le récit, petite fille vive et différente parce qu’orpheline. Elle ne dispose pas des mêmes prérogatives, porte les vêtements reprisés de ses cousines aînées, bénéficie de la charité pour aller à l’école et se nourrir. Elle se sait différente mais supporte sans se plaindre. Elle préserve à l’intérieur d’elle une part de rêve et l’appétence pour le bonheur. Avec elle on traverse les drames qui secouent la famille et on ressuscite les habitudes qui avaient cours dans les villages. Au-delà de la minutieuse et extraordinaire chronique paysanne, on est porté par la force émanant de l’écriture. Malgré les petites humiliations dues à son statut, Églantine continue de croire que le chemin s’éclaircira pour elle. Les descriptions sont précises, sans aucune longueur. Le décor est tellement bien planté qu’on se fond dedans, on entend, on sent, on voit. A la toute fin, Yves Viollier s’interroge sur ce que l’on sait de l’enfance de nos parents ; souvent rarement plus que les bribes de souvenirs qu’ils ont transmis. En revisitant ici la vie de sa maman, l’auteur lui rend un hommage vibrant. On a la larme à l’œil. Un très beau moment de lecture.


Églantine retrouvée. Yves Viollier. Editions Presse de la Cité. 21 €.

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