mercredi 25 mars 2026

Aqua

 

Après un parcours immuable, une goutte de pluie s’écrase sur le sol. Des millions de gouttes autour d’elles suivent des destins divergents, certaines emportées par le vent, d’autres ruisselant sur la roche, d’autres encore absorbées par la terre. La rivière du village, la Maline, se gorge d’eau. Il pleut dans ce bourg normand de quelques centaines d’âmes. Martin Jobard attend les administrés sous les halles. Il veut leur exposer son programme de modernisation du réseau d’eau potable. Adoubé par son oncle, maire sortant, il brigue le poste aux prochaines élections. Énarque, fonctionnaire au ministère de l’Écologie, il est censé sauver les cours d’eau et la nature environnante. Depuis ses bureaux, à la Défense, il s’ennuie et nourrit de nouvelles ambitions. Quand il propose d’abandonner le fonctionnement habituel du village et de rejoindre le réseau d’un groupement de communes voisines, plus moderne, les habitants, déterminés à préserver leur autonomie et la source des anciens, s’insurgent, Maria en tête. Diplômée de sociologie, elle a quitté sa Roumanie natale pour étudier en France puis est venue s’installer à la campagne avec son mari et a ouvert un bistrot-épicerie. Autour d’elle, une petite équipe motivée fait campagne. Maria va être confrontée à bien des désillusions. De nombreux obstacles vont se dresser devant elle. Elle s’obstine. A quel prix ? L’été où l’eau vient à manquer, les failles de chacun se révèlent.
Après Humus, qui s’attelait à l’élément Terre, Gaspard Kœnig nous dévoile les mystères de l’Eau avec Aqua. Le décor est planté au même endroit. Le protagoniste principal du premier roman fait d’ailleurs discrètement quelques incursions dans cette nouvelle histoire. Les personnages y sont plus vrais que nature, les rancœurs et autres querelles de clocher, exacerbées. L’agriculteur veut arroser, le survivaliste économiser, le contribuable lambda, bénéficier des services qu’il paye. Quant à la naturopathe, elle ressent certaines choses que d’autres préfèrent ignorer. Maria, idéaliste, sacrifie tout à son jusque-boutisme. L’auteur confronte les exigences de la vie contemporaine et la volonté de préserver le patrimoine local. Peut-on trouver des compromis entre organisation de l’ancien temps et modernisme ? Gaspard Kœnig nous entraîne dans les méandres d’une intrigue prenante. Très au fait des contraintes administratives et des mécanismes institutionnels, il dissèque les luttes de pouvoir, de la mairie au ministère en passant par les bureaux de la préfecture. Il explore avec autant d’aisance la ruralité, les grands bouleversements des paysages de ces dernières décennies et leurs conséquences. Le récit, dense, n’en est pas moins palpitant. Le roman ouvre des pistes de réflexion à l’échelle individuelle et collective. Une lecture intelligente, une démonstration brillante, des personnages touchants qui trouvent leur chemin. A lire absolument !

Aqua. Gaspard Kœnig. Les éditions de l’Observatoire. 23 €.

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