Dès le début, on est mis au parfum. Ça sent la mode à plein nez. On n’est pas au bout de nos surprises. Trois personnages féminins vont bientôt entrer dans la danse. Le premier chapitre nous emmène loin du prologue, changement de décor radical. Nous voilà chez Anne, une maman à la maison, qui doute beaucoup d’elle mais s’est découvert une passion pour la couture. Elle ne se prend pas au sérieux, cependant, quand ses productions se vendent à la kermesse de l’école, elle crée une collection et restructure son compte Instagram pour y poster les photos de ses sacs, pulls, vêtements et autres accessoires. Consciencieuse, elle y ajoute quelques vidéos et s’efforce de publier avec régularité. Ailleurs, dans un bureau du magazine féminin Attitude, Blanche de Rochefort a retrouvé une place dans la grande comédie parisienne après une longue traversée du désert. Elle connaît par cœur le bal des hypocrites. Elle qui a connu des hauts et des bas sait parfaitement se composer le masque de la femme distante revenue de tout. Elle lutte néanmoins pour rester sur son fragile piédestal et satisfaire les actionnaires chinois. Mais, au fond, il lui manque quelque chose. Myrtille est jeune, impatiente, opportuniste. Styliste pleine de talents, elle sent le pouvoir des réseaux sociaux et, grâce à sa maîtrise de leurs codes, décide de se faire une place dans le milieu féroce de la mode. Elle n’hésite pas à sacrifier son temps pour parvenir à ses fins. Lorsque le petit compte Instagram d’Anne s’affole, la nouvelle donne met en présence les trois protagonistes.
On se glisse dans Les Influentes comme dans une pièce chic et confortable de son dressing. Sans effort et avec délectation. On sent que l’autrice connaît son petit monde sur le bout des doigts. Elle dépeint la rudesse de cet univers souvent fantasmé, le choc des rencontres. Anne, quadragénaire, authentique, dépassée par le succès inattendu, un peu grisée. Blanche, la petite soixantaine, gentiment méprisante, dépassée par le pouvoir grandissant des influenceuses, un peu blasée. Myrtille, jeune génération ambitieuse, dépassée par la réussite fulgurante, en quête de sens. D’une écriture fluide et légère, Adèle Bréau explore des thèmes essentiels : la place des femmes, le travail et le prix de la réussite, l’amour, la sororité, la raison d’être. Elle décrit avec finesse la découverte, la familiarisation avec de nouveaux repères, la griserie du succès, l’éphémère, le bousculement des valeurs, la prise de conscience, la volonté d’agir en accord avec une certaine éthique. Le sujet peut paraître futile mais la mode, le raout qui se joue autour, ne sont qu’un prétexte pour parler d’autre chose. L’autrice porte un regard sans indulgence et montre une subtile profondeur. La frénésie semble mener à la catastrophe, on devine la chute. Et si ça se terminait plutôt comme lorsqu’on ôte ses escarpins après la fête : soulagement, justesse, douceur ?
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