Londres. 1946. Une femme originaire d’Allemagne et réfugiée en Angleterre accepte un travail de garde-malade au 20 Maresfield Garden, la maison de la famille Freud. Anna, la fille benjamine de Sigmund, est au plus mal. Martha, la mère de la malade, refuse d’envisager le pire. Elle est prête à tout pour qu’Anna vive. Des pertes, elle en a déjà connu trop. Martha tente maladroitement de s’assurer que la nouvelle employée est juive (quelle question au sortir du conflit !) avant de lui confier son plan pour tromper Azraël, l’ange de la mort dans certaines traditions hébraïques. Pour faire diversion, on donne au malade un prénom d’emprunt. Azraël sera dupé par le faux nom de la mourante. Martha demande aussi à la jeune garde-malade d’endosser l’identité d’Anna. Ce serait une garantie pour que l’ange se ravise, voyant la bonne santé de celle qu’il était censé emmener. Le scepticisme de la garde-malade est grand face à cette croyance d’un autre temps ; celui de la patiente le sera tout autant. La mère accablée enjoint à son employée d’être convaincante. Aux abois, la garde-malade n’a d’autre choix que d’accepter. Isolée au bout de la maison, paradoxalement loin des appartements de la mère, celle qui est la narratrice fait connaissance avec Anna, pelotonnée dans son lit. Anna a compris le manège de sa mère et refuse d’abord avec véhémence de se prêter au jeu. Finalement apaisée, elle se laisse faire et prend l’identité d’une certaine Amy Laustair. Elle commence à livrer des bribes de sa vie à la jeune femme qui veille sur elle.
Le roman s’ouvre sur une scène pesante, dans le Londres dévasté d’après-guerre. Les premières phrases d’Anna, lâchées dans un délire fiévreux, sont chaotiques. Dans cette chambre à peine chauffée, une connivence se crée pourtant et la parole se délie. Isabelle Pandazopoulos retrace avec délicatesse le destin d’Anna Freud, la psychanalyste qui s’est fait un prénom. A travers le compte-rendu de la garde-malade nous voilà plongés dans les souvenirs de la fille de Sigmund Freud. A Vienne, tout d’abord, en 1921 où l’on découvre, au fil des pages, la vie de la famille, percutée finalement par la grande Histoire. Au début, on appréhende de ne rien comprendre aux théories du maître. En réalité, on suit vraiment la dernière enfant de la famille avec ses failles, ses forces, ses rêves inassouvis, les limites imposées par le système, le poids de l’héritage du père. On grince des dents et on étouffe, exposés aux tâtonnements douteux des premières analyses puis, au fur et à mesure qu’Anna construit son univers et s’émancipe, le récit s’aère. On fait avec elle les rencontres importantes de sa vie, Lou Andreas-Salomé et bien d’autres. On découvre les lieux qu’elle a aimés, la façon dont elle les a investis, l’empreinte qu’ils ont laissée sur elle. Son parcours professionnel montre l’intelligence et l’empathie de cette thérapeute tournée vers les enfants. L’écriture précise retrace également le parcours intime et dévoile en finesse qui était Anna Freud.
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