Marie se prépare pour un Noël peu ordinaire. Avec
son mari et leurs quatre enfants, de grands adolescents très
sympathiques, elle a mis en place une tradition pour le 24 décembre. Les
repas de famille interminables où parfois l’hypocrisie fait foi, très
peu pour elle. La messe de Minuit ? Voir son odieuse voisine du
cinquième pencher religieusement la tête et tendre la main en signe de
paix, sourire angélique aux lèvres, avant de déverser son fiel à peine
sortie de l’église ? Ça lui donne la nausée. Non, Marie a décidé de
vivre sa foi en l’humain en entraînant toute sa famille pour un
réveillon solidaire au fil de la Seine.
Le Secours Catholique, avec
l’Association des Cités du Secours Catholique, invite environ 600
personnes – des familles et des personnes isolées, accompagnées ou
hébergées tout au long de l’année par le Secours Catholique et l’ACSC – à
vivre une soirée un peu exceptionnelle : un réveillon “dîner croisière”
sur la Seine, à bord de cinq bateaux-mouches spécialement affrétés.
Marie et sa famille sont bénévoles. Ce soir-là, ils se mobilisent avec
une centaine d’autres volontaires pour servir, animer et partager.
L’occasion pour eux d’agir concrètement au service de l’autre, de mettre
en pratique l’esprit de Noël. Il fait nuit quand les premiers
participants montent à bord. Tout est prêt. Les tables rondes ont été
dressées, des paillettes saupoudrées sur la nappe. Le menu cartonné posé
au centre.

Une population chamarrée se mêle aux bénévoles. Lesquels
sont le plus heureux ? Difficile de le dire. On parle, on chante, on
danse. On rit, on plaisante, on apprend à se connaître. On se découvre
dans un cadre différent. Roger, sans domicile fixe, s’est mis sur son
31. Il commente : « C’est chouette de se retrouver un petit peu comme en
famille ». Une jeune femme maquille les enfants qui le souhaitent. Des
ballons de baudruche s’envolent. Marie sourit à son mari. Tout cela
donne du sens à la vie. Leur famille a beaucoup reçu, elle trouve normal
de “redonner”. Nicolas, son petit dernier, 16 ans, râle pour tout à la
maison. Casque sur les oreilles, allure dégingandée, il traîne son
adolescence depuis le canapé du salon jusqu’au ramassis de bazar qui lui
sert de chambre. Marie s’époumone souvent. Ce soir, il passe à côté
d’elle avec un plateau chargé de vaisselle sale. Il lui fait signe et
glisse : « On passe un bon moment, hein ? J’aime bien faire plaisir aux
gens, me sentir utile ! ». Quel beau cadeau ! Marie se dit : « Le voilà
le miracle de Noël ! ».
